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Le trishaw birman : le seul, le vrai, l’unique, l’authentique !

Cent kilos qui se déplacent au ralenti dans la circulation dantesque de Yangon… Une tortue géante ? Non, un trishaw, un vélo affublé d’un side-car, dans lequel le cycliste transporte de tout, et même au-delà… Personnes et marchandises empruntent quotidiennement ce moyen de transport ancien et si authentiquement birman que son efficacité, son prix et sa simplicité ont couronné roi de la ville.

U Chit Tin Oo a 53 ans et depuis qu’il a 16 ans, il est conducteur de trishaw. Tel un bijou de famille, c’est son père qui lui a transmis son vélo-porteur : « je suis propriétaire de mon vélo puisque mon père en était lui-même propriétaire. Il faut savoir que neuf, un trishaw coûte entre 400 000 et 500 000 K. Et encore sous la junte, le prix grimpait jusqu’à 700 000 K ».  Ce moyen de locomotion très pratique se retrouve un peu partout en Asie du Sud-Est. Or, le vélo-porteur birman se distingue de ses confrères régionaux par quelques particularités. Il ne comporte pas de banquette à l’arrière du conducteur mais plutôt deux sièges disposés de façon latérale de telle sorte que les passagers se retrouvent dos à dos. Un troisième passager peut également grimper sur le siège arrière à même la bicyclette. Introduit en 1930 à Mandalay, le véhicule est devenu très populaire en terme de transport en Birmanie britannique. Facile d’utilisation pour peu qu’on est de l’équilibre, la taille du trishaw permet de parcourir les ruelles même plus étroites. 

Un emploi en héritage

Si U Chit Tin Oo possède son trishaw, tous ses collègues ne sont pas propriétaires. « Quand tu es locataire tu dois payer 1 000 K par jour. À mon avis, il est préférable d’être propriétaire car il n’y a pas d’imprévu mais c’est un investissement sur du long terme. Regarde moi, 37 ans après mes débuts je suis toujours en selle sur le même engin », s’amuse-t-il. De 9h à 21h l’homme parcoure les rues sur le dos de son trois roues. Le travail est épuisant, les journées longues et les pauses bien méritées. « Les jeunes pédalent tant qu’ils le peuvent pour gagner le plus d’argent possible », indique l’homme aux mollets musclés, avant d’ajouter, « j’arrivais à suivre le rythme il y a de ça quelques années en arrière mais maintenant je me suis rangé ». En moyenne, un conducteur de trishaw gagne 6 000 à 8 000 K par jour. « Ceux qui repoussent la fin de leur service au maximum peuvent espérer recevoir 10 000 K par jour », informe U Chit Tin Oo. Même si la négociation est un passage obligé, les petites courses coûtent généralement 300K et les plus grandes – jusqu’à 30 minutes de « distance » – atteignent 1 000 K. Évidemment, le prix diffère selon le nombre de passager. Remorquer une personne ne demande pas le même effort que d’en remorquer trois. Cela va de soi !

Un système bien rodé

Attention, le métier ne consiste pas à circuler au hasard des rues à la recherche du client n’importe comment. Chaque trishaw a plusieurs quartiers attribués. Selon le secteur où le client veut se rendre, il doit choisir son trishaw par rapport à la couleur de la plaque d’immatriculation. « Ma plaque à moi est bleu, ce qui veut dire que je peux me rendre à South Okkalarpa, Yankin, North Dagon, Thingangyun », explique U Chit Tin Oo. Cette délimitation permet au conducteur de connaître « leur secteur comme leur poche et d’accéder jusqu’aux ruelles méconnues sur demande », se félicite le travailleur, le regard complice vers ses collègues. Car complicité il y a, on ne peut pas vraiment parler de concurrence entre les différents conducteurs même s’ils sont nombreux. Dans les endroits bien spécifiques où trouver les trishaws, souvent des coins de rues ou de carrefour qui deviennent de vrais parkings à vélo, ils sont cinq ou six à se réunir. Pas question de sauter sur le client dès qu’il se pointe. Les arrêts ont instauré un système de numérotation. « Chaque vélo à un numéro  qui lui est attribué de 1 à 10. Le vélo qui a le numéro 1 partira avec le premier client, le vélo numéro 2, attendra le second ainsi de suite. À son retour, le vélo numéro 1 devra attendre que les autres numéros emportent sur leur fauteuil un client à leur tour », décrit le cycliste. Au même moment, une cliente se présente. C’est au tour du numéro quatre de monter en selle.

Qui trouve-t-on derrière les guidons ?

« Aucune femme ! », s’exclame U Chit Tin Oo. Si l’on en croit l’homme, le métier serait trop physique et très dangereux au vu de la circulation. Du côté des mâles, tout le monde peut devenir conducteur de trishaw à sa majorité. « Le gouvernement en place a instauré une réglementation plus stricte pour les conducteurs. Désormais, il nous faut obtenir deux licences », détaille le gaillard. La première licence concerne le trishaw en lui même et coûte K3 000 ; la seconde concerne l’homme qui dirige le trishaw pour un montant de K1 500. Pour obtenir les licences il faut se rendre dans les mairies des arrondissements. « C’est comme un permis de conduire, une petite carte nous est attribué. Sous le régime militaire on devait avoir cette carte sur nous à chaque instant, aujourd’hui c’est plus souple ». En bon commerçant, à la fin de notre entretien, l’homme glisse amusé : « le trishaw est un moyen de transport relativement peu cher comparé au taxi et relativement modulable par rapport aux bus. Et puis à la vu du trafic dans Yangon, on est parfois aussi rapide que les véhicules motorisés sur les petites distances. » Ses acolytes acquissent avec le sourire.

Par Pauline Autin