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De toutes les couleurs…

Aujourd’hui, ce fut une belle journée remplie d’émotions. Il fait chaud et très humide mais la pluie n’est pas encore arrivée. Il y a souvent de l’orage sec durant l’après-midi, on entend gronder le tonnerre au loin, il fait de plus en plus lourd…on espère la pluie pour rafraîchir tout ça mais rien ne tombe du ciel.

Aujourd’hui, j’ai pris le taxi pour me rendre tout au nord de la ville, normalement une demi-heure de trajet quand il n’y a pas de trafic, hélas cet après-midi il y a affluence sur les routes sans raison particulière. Il m’a donc fallu près d’une heure trente ! Après 20 minutes j’avais seulement parcouru une cinquantaine de mètres. Le chauffeur, lui, reste zen : il chante.

Arrivée à destination, les enfants étaient là. Certains au regard curieux et méfiant et d’autres à la mine réjouie. Cette fois, les enfants étaient accompagnés des mamans. Nous avions rendez-vous dans un petit salon de thé Moon Bakery, où il est possible de manger quelques snacks, boire un café ou tout autre boisson non alcoolisée et de savourer une glace. Le choix est vite fait, les enfants optent tous pour de la glace.

A chaque rencontre, il règne toujours une ambiance particulière, une maman tout sourire m’adresse  la parole en birman, une autre reste figée sur sa chaise avec un regard interrogateur, son enfant sourit timidement, puis d’autres que je connais de longue date me parlent comme si on était de la même famille. Il y a un tel mélange de couleurs, c’est magnifique, les enfants avec leurs plus beaux habits, des couleurs vives qui vont à ravir avec leur teint hâlé ou rehaussé de thanaka ; les mamans aussi se sont vêtues avec des longyi aux belles couleurs assorties avec les blouses. On dirait les petits oiseaux de toutes les couleurs…

On s’échange des lettres, des cadeaux et puis il y a toujours une séance photo. Les mamans avec leur gsm sont très appliquées à prendre des photos des enfants avec moi, parfois seul parfois en groupe. Que de souvenirs seront ainsi gravés dans les téléphones. Je me renseigne aussi bien entendu sur les résultats scolaires, les enfants du niveau primaire ont tous réussis. Les étudiants du secondaire n’ont pas encore eu la proclamation des résultats et sont très inquiets dans cette attente insoutenable. Les examens sont terminés depuis le mois de mars mais ce n’est généralement que fin mai ou même parfois à la rentrée des classes que les élèves savent s’ils ont satisfait ou pas aux exigences des enseignants.

Les parrains des enfants me demandent souvent ce qui pourrait faire plaisir à leur enfant, dès lors je me renseigne auprès des enfants dans ce sens. Bien souvent l’enfant n’ose pas répondre et il faut insister en disant bien juste une idée de cadeau et pas de l’utilitaire. La réponse principale est généralement du matériel scolaire donc je réitère ma question. J’observe les enfants qui scrutent parfois le regard des mamans, parfois chuchotent à l’oreille maternelle un souhait, ose prononcer timidement une bribe de phrase. Je crois comprendre le mot « vélo », puis « poupée »… Dès qu’un gamin a osé émettre le souhait de recevoir un vélo, d’autres suivent. Une mère grimace, j’apprends qu’elle dit à sa fille : « Tu ne dois pas demander, tu dois juste accepter ce qu’on t’offre et être heureuse avec ça. Tu peux déjà aller à l’école grâce à ta marraine, tu dois être reconnaissante et surtout honorer ce don en travaillant bien à l’école. » Les parents attachent beaucoup d’importance à ce que les enfants soient reconnaissants et qu’ils fassent un maximum d’efforts dans le travail scolaire. Les familles ont envie que les parrains et marraines soient fiers des enfants. Le peuple birman est un peuple très fier et n’accepte pas facilement de l’aide spontanée, il préfère un échange. Dans toutes nos aides et projets, il en va ainsi.

Ceci dit, les enfants ont envie de vélo, poupée « Barbie », des « Légo » avec des personnages pour faire des jeux de rôle, des jouets modernes qui sont accessibles maintenant ici en Birmanie mais hors de portée des bourses des parents. Il n’y a que certaines familles privilégiées qui peuvent se permettre d’offrir des jeux de marques internationales très connues, les autres doivent se contenter de les admirer dans les vitrines des grandes galeries.

Le visage de la ville change, des tours gigantesques fleurissent là où on ne les attendait pas, des centres commerciaux luxueux aux galeries lumineuses pointent majestueusement vers le ciel. C’est incroyable comme les mutations sont rapides, on est maintenant dans une métropole aux mélanges d’époques, où s’entrechoquent les cultures. Les jeunes semblent s’accoutumer aisément de cette évolution accélérée. On est passé en à peine 10 ans d’une cité aux airs coloniaux et paisibles, sans pollution urbaine à une ville du 21e siècle bruyante, enfumée, avec une population stressée qui circule en tous sens accroché au téléphone mobile dans une main et dans l’autre le parapluie en guise d’ombrelle. Il existe des bars à karaoké un peu partout, des jeunes qui chantent, non plus les chants traditionnels mais des musiques venues de Corée ou parfois des Etats-Unis, aux sons saccadés et rythmes endiablés. Même les habitudes vestimentaires sont déjà bien éloignées de ce qu’elles étaient il y a 5 ou 6 ans encore. Les longyi sont déjà rangés dans le tiroir aux souvenirs pour laisser place aux jeans troués, minijupes. Finis aussi les cheveux noir de jais, coupés soigneusement courts pour les garçons, et les filles aux longs cheveux raides et toujours bien coiffés, se font de plus en plus rares. Place aux couleurs extravagantes, aux coupes improbables que des artistes improvisés vous proposent comme venus du Japon. Les personnes plus âgées doivent sans doute être un peu déroutées, par autant de changements en si peu de temps. Depuis la junte aux règles strictes qui empêchait même les gens de penser par eux-mêmes, les temps ont bien changé. Dans certains secteurs les modifications sont une excellente chose mais dans d’autres c’est trop rapide et trop violent, le peuple n’ayant pas le temps de s’adapter sereinement.

Saviez-vous qu’il n’y avait aucune banque en Birmanie il y a 6 ans, maintenant il y en a à tous les coins de rues et aux enseignes multiples, apparaissent les cartes bancaires et seulement depuis 3 mois une et une seule banque propose la carte « Visa » a ses clients birmans. Il y a 7-8 ans, pas une seule pompe à essence, on avait juste droit à des coupons d’Etat distribués parcimonieusement et uniquement à certaines conditions. Les Birmans achetaient le carburant au marché noir à des petites échoppes le long des routes qui étalaient des bouteilles de soda de toutes marques remplies de la substance illicite.

Ici tout se vend et tout s’achète, il suffit de savoir à qui s’adresser. On est dans l’entraide et la débrouille, beaucoup d’objets sont recyclés ou réparés des dizaines de fois ; le Birman moyen achète rarement du neuf. Maintenant, avec l’ouverture des frontières on peut néanmoins trouver des produits neufs à très bon prix. Il faut oser franchir un seuil, ouvrir une porte, poser une question.

Le weekend dernier, un peu au hasard j’ai découvert un marché aux livres d’occasion. Un peu comme les bouquinistes du bord de Seine, les petites échoppes s’alignent sur le trottoir. Les échoppes sont surmontées d’auvents en toile pour protéger du soleil qui se fait mordant en cette saison. Les livres doivent être à l’abri de la décoloration et les vendeurs protégés contre la coloration. Des livres par centaines, ils sont parfois bien rangés, classés par thème, parfois c’est un véritable capharnaüm. Il faut chercher pour trouver la perle rare. Il y a des bouquins scientifiques, des romans, beaucoup d’histoires sur le bouddhisme, les croyances, les légendes, la cartomancie, des biographies allant de Freud à Lénine en passant par Madonna ou Aung San Suu Kyi, on peut aussi trouver les livres scolaires, des livres éducatifs pour les tout-petits, des dictionnaires mais rien en français. J’ai réussi à dénicher un livre sur Yangon au temps passé principalement illustré d’anciennes photos ou gravures et aussi un livre pour enfants sur les fruits en anglais-birman.

On y croise une foultitude de gens très différents, les jeunes étudiants en médecine qui cherchent une édition pas trop vieille d’un manuel d’anatomie en anglais, un garçonnet qui fouille dans les livres pour enfants, une dame âgée qui n’y voit goutte, approche de ses yeux quelques romans birmans aux titres sans doute attrayants, un monsieur d’un certain âge très distingué portant élégamment un longyi classique et une chemise d’un blanc immaculé, le tout soigneusement repassé, se laisse tenter par de la littérature plus classique, il feuillette une traduction en birman de l’œuvre de Nietzsche. Il a déjà choisi un livre de George Orwell qu’il garde précieusement sous son bras. Je m’approche juste en passant la tête entre deux personnes pour voir les œuvres proposées chez ce vendeur. Ce monsieur m’adresse la parole dans un anglais parfait et presque sans accent. Il souhaite m’aider dans ma recherche. Je décline sa proposition en lui expliquant que je ne fais que déambuler sans but précis. Finalement, nous discutons de tout et de rien. Il me laisse ses coordonnées afin de le joindre si nécessaire, si j’ai besoin d’un livre particulier. Je m’éloigne lentement de ce lieu où j’ai passé un moment très agréable sous le regard curieux des vendeurs qui se demandaient sans doute ce que je cherchais vraiment…

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